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Deborah Pardo : de scientifique à leader de la transition écologique

21 janvier 2021
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Pour préserver l’environnement, Deborah Pardo s’était lancée dans une prestigieuse carrière de chercheuse scientifique. Mais face à l’inertie générale, elle a décidé de devenir ambassadrice de l’écologie et d’inciter les femmes à suivre le même chemin via son accélérateur Earthship Sisters. Follow the leader.

Novembre 2012. À la Réunion, une tempête est annoncée. Au même moment, au même endroit, Déborah Pardo embarque à bord du Marion Dufresne, le navire assurant le ravitaillement des Terres australes françaises.

L’étudiante vient de commencer une thèse en écologie des populations au centre de Chizé connu pour envoyer ses chercheurs en Antarctique. La promesse est respectée  – dans trois jours Déborah sera pour la première fois de sa vie aux îles Kerguelen. L’avis de tempête aussi  – durant trois jours, impossible de dormir.

Au large de l’archipel de Crozet, Déborah  est ensuite hélitreuillée au milieu d’une compagnie de manchots. Puis elle embarque dans un petit bateau avec deux collègues et un sac à dos de trente kilos. Cette fois-ci, c’est au milieu des éléphants de mer qu’ils débarquent avant d’atteindre après quatre heures d’une dure randonnée la cabane dans laquelle ils passeront deux mois à étudier les albatros à sourcils noirs. En ce début de période de reproduction, leur colonie se trouve dans un canyon à une heure de marche de là.

Déborah en Antartique



Neuf ans plus tard, débutant sa journée d’un pas assuré dans les rues de Marseille, elle restitue tout avec une émotion intacte.  « Je les ai d’abord entendus, puis je les ai sentis et enfin je les ai vus. Et là, je ne pouvais plus respirer, raconte-t-elle entre deux rafales de mistral avant de préciser comme si les oiseaux marins étaient sous nos yeux :Tu as 3000 couples devant toi ! C’est une vision incroyable de la force de la nature. » C’est cette force de la nature, mais aussi ses faiblesses que Déborah cherche à protéger depuis ses premières explorations à 3 ans dans le jardin de sa grand-mère à Marseille.

« Mais pas protéger à la Brigitte Bardot ou comme un véto », prévient en riant la trentenaire qui déborde d’enthousiasme, même un vendredi à 8h du matin.

Protéger d’abord en comprenant les animaux, en étudiant leur démographie, en modélisant les raisons de leur diminution et en transmettant les résultats de ses recherches aux organisations de protection de l’environnement. Grâce à son travail, les albatros à sourcils noirs ont ainsi changé de catégorie sur la liste rouge des espèces menacées. « Ils sont passés d’en danger à un peu plus en danger… Super. Merci. Ciao. », résume en « exagérant un peu » celle qui a depuis déserté le monde des labos pour se lancer dans celui de l’entreprenariat.

Deborah ne fait pas partie de ces travailleurs reconvertis en quête de sens. « La nature, c’est ma passion ; j’étais exactement là où je voulais être. », affirme-t-elle entre deux stations de tram. Mais le monde de la science était trop lent pour cette aventurière à tendance hyperactive, trop figé pour relever les défis de l’urgence climatique qui s’impose à elle dès l’enfance. Ses cinq séjours en Antarctique n’ont fait que confirmer cette sensation :

« Quand tu es là-bas, tu réfléchis à la beauté que tu te prends en pleine tête, mais aussi à ton rôle dans tout ça parce que tu constates que les populations disparaissent radicalement ! »

Son rôle aujourd’hui, c’est d’inciter les autres à concrètement « faire bouger les lignes ». À l’âge où beaucoup de chercheuses abandonnent leur carrière – au moment du premier enfant et du premier post-doc – elle quitte le prestigieux Institut polaire britannique de Cambridge et s’embarque dans une deuxième grossesse et une nouvelle vie de slasheuse indépendante à deux pas des calanques. Tous les moyens sont désormais bons pour prêcher sa paroisse verte : sa boîte de consulting scientifique, ses formations et conférences, et surtout Earthship Sisters, un programme de leadership environnemental pour les femmes.

Déborah en formation

S’appuyant sur sa propre expérience et la pensée écoféministe, elle assure :

« Les femmes doivent être un pilier de la transition écologique parce qu’elles sont souvent les premières victimes des catastrophes climatiques, mais aussi parce qu’on a un potentiel de leadership et de créativité plus collaboratif qui va nous permettre de sortir de la crise».

Depuis le début de l’année, la nouvelle promo d’Earthship Sisters réunit 14 intrapreneuses et entrepreneuses pour neuf mois de coaching personnalisé, d’ateliers, ainsi que deux semaines de navigation en mer Méditerranée. Une dernière étape clef dans la transformation des participantes en ambassadrices de l’environnement : « C’est difficile à expliquer, mais quand on réunit un groupe de femmes sur un bateau, il se passe quelque chose. Elles hallucinent toutes. Il y a une émulation, une énergie positive qui se déploie. »

photo de Noel Bauza

Déborah sait de quoi elle parle : avant de lancer son propre accélérateur, elle a été la seule française à participer à Homeward Bound, la plus grande expédition féminine en Antarctique. Dans le tramway qui l’amène de l’école de ses enfants à son bureau, elle revient sur cette expérience hors du commun :

« Ça a complètement changé ma façon de voir les choses. Je me suis rendue compte du potentiel que j’avais en dehors du monde scientifique qui me rabaissait constamment. »

Grace à une batterie de tests de personnalité et le contact avec les 77 autres scientifiques à bord, elle définit ses forces, ses faiblesses et surtout ses valeurs : « Le partage, l’enthousiasme, l’authenticité et l’aventure. »

De retour sur la terre ferme, elle en est sûre, ces quatre mots sont les clés d’un combat écologique gagnant. Des principes moteurs qu’elle souhaite transmettre à toute la société via le mouvement Earthship Sisters :

« Ces leviers d’actions te permettent en tant que citoyen de faire les bons choix, de ne pas chercher à prouver des choses, ce qui améliore tes relations avec les autres, ta satisfaction personnelle donc ta santé, mais aussi ton impact sur l’environnement et sur le monde du travail ».

Et si on remet en doute notre esprit d’aventure nécessaire pour devenir un leader, elle insiste sur ce dernier point et rectifie :

« L’aventure, c’est pas nécessairement partir dans les pôles. L’aventure, c’est ce que tu fais de ta vie, c’est sortir un peu de ta zone de confort. »

En poussant la porte de l’entreprise qu’elle a créée, elle conclut : « L’aventure, c’est surtout de ne jamais se dire : ‘non, ça c’est pas pour moi’ »


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